Pénétreillecheune

20 mars 2007 par signorina a

Je voudrais parler de pratiques sexuelles. Par exemple, celles des femmes, avec des femmes ou avec des hommes. Je crois qu’il y a, dans les sphères subversives aussi, des tonnes d’idées préconçues sur les trucs sexuels qu’aiment faire les femmes. Je pense aussi qu’il est important de rendre ces pratiques publiques, pas pour faire des catégories ou les règles d’une bonne sexualité pour les femmes, mais pour réfléchir aux envies, à ce qu’elles signifient et, simplement, parce que la plupart des pratiques sexuelles sont attribuées strictement à un genre en particulier (je parle des genres imposés et normés homme et femme ; malheureusement, on attribue rarement des pratiques sexuelles aux transgenres, vu qu’on tend à nier leur existence...) et que d’autres sont considérées comme anormales. J’ai pas fait d’enquêtes ou d’études détaillées sur ça, alors je parlerai que de ce que je sais, de ce que moi, mes copines et d’autres femmes aiment où pas.

L’autre jour, une copine me disait que pour elle faire du sexe avec un homme, ça incluait toujours la pénétration foufoune-bite. Pas qu’elle veuille être pénétrée à chaque fois qu’elle fait du sexe avec un mec, mais que, lorsqu’une relation est relativement longue, elle en aura forcément, à un moment ou un autre, envie, quel que soit le mec. C’est clair qu’il peut y avoir des trucs sexuels plus ou moins fixes qu’on aime faire avec touTEs ses partenaires sexuels. Ce qui m’a par contre surprise, c’est qu’elle pensait que cette envie de pénétration était commune à toutes les filles qui font du sexe avec des gars. Elle a changé d’avis quand je lui ai dit que ce n’était pas mon cas, mais ça illustre quand même à quel point ces stéréotypes sur les pratiques sexuelles sont ancrées, même chez les personnes rebelles comme ma copine, et bien sûr déterminées par une idéologie hétéronormée. Elle semblait aussi étonnée que j’adore pénétrer ou être pénétrée par mon amoureuse. On a parlé aussi d’autres pratiques, mais cette discussion, comme d’autres que j’ai pu avoir avec d’autres personnes ont ce point commun : la pénétration. Ça reste le thème central de la réflexion sur la sexualité. Comme si personne ne réussissait à se débarrasser de l’opposition entre la pratique sexuelle normale (pénétration-pénis-vagin), les pratiques sexuelles perverses (trop pour les nommer toutes !) ou non-sexuelles (ce qu’on appelle préliminaires par exemple). Vu le nombre de possibilités offertes dans l’une ou l’autre des catégories, je préfère être perverse ou non-sexuelle !

Puis il y a aussi l’opposition entre sexualité hétéro et lesbienne. Comme s’il y avait une pratique ou un ensemble de pratiques déterminées pour les femmes hétéros différentes de la ou les pratiques des lesbiennes. C’est aussi penser qu’une femme bi veut faire des trucs sexuels quand elle est avec une femme radicalement différents de ceux dont elle a envie avec un homme (c’est tout à fait possible mais il y a peut-être plus une approche différente des pratiques avec les hommes ou les femmes plutôt que des pratiques différentes, j’en reparlerai plus bas). Mais cette opposition est trop réductrice de la multitude de pratiques et d’ensembles de pratiques existantes et variantes dans le temps selon les personnes. Là encore, la pénétration semble un thème majeur. Les gens sont étonnés que des lesbiennes adorent la pénétration (foufounale et/ou trouducale), pas seulement parce que les gens se demandent bêtement « comment elles font si y a pas de bite ? », mais aussi parce qu’il y a encore la croyance qu’une femme devient lesbienne ou fait du sexe avec des femmes parce qu’elle n’a pas trouvé l’homme qui sache bien la baiser (à travers bien sûr sur la pénétration) ou parce qu’elle a été traumatisée par un viol par un homme (bien sûr avec pénétration, parce que si y a pas pénétration, c’est pas un viol). C’est d’ailleurs inquiétant comme il semble facile de passer de la pénétration comme acte de jouissance à la pénétration comme acte de violence. Mais c’est justement parce qu’il y a cette drôle de marge d’interprétation de la pénétration qu’il est chouette que des femmes et des transgenres se donnent leur propre signification de cet acte.

Etre pénétrée me procure des sensations super agréables à certaines conditions : que j’en aie envie, que ça ne soit pas fait comme si ça allait de soit, que ça ne soit pas fait comme un truc super extrême pour lequel il faut vachement réfléchir et se demander avec milles précautions la permission de le faire. Et là, je peux dire que mon attitude change beaucoup s’il est question d’être pénétrée par un homme ou par une femme. Quand je fais du sexe avec ma copine par exemple, elle ou moi pénètre l’autre quand elle en a envie (de pénétrer et/ou d’être pénétrée) parce qu’on le demande à l’autre, parce qu’on le propose à l’autre, parce qu’on se le fait comprendre par des mouvements du corps qu’on reconnaît entre nous ou parce qu’on dirige la main de l’autre. Quand je fais du sexe avec un homme, il arrive très souvent que je me retrouve avec sa bite dans ma foufoune sans qu’il me l’ait proposé, sans que je lui aie demandé ou que je l’aie invité à le faire d’une manière ou d’une autre. Puis ne parlons pas de pénétrer un homme hétéro, je ne l’ai fait qu’une fois dans ma vie. Je l’aurais bien fait d’autres fois mais j’ai souvent imaginé que tel ou tel gars n’en avait pas du tout envie, sans lui demander. Mais, à part mon préjugé (erreur ou lucidité ?) que les mecs hétéros n’aiment pas être pénétrés, je me suis rarement trouvée dans la situation super propice à lui proposer parce que les mecs avec qui j’ai fait du sexe ne mettaient jamais (ou par accident) leur derrière à découvert. C’est à dire que j’avais l’impression de n’y avoir jamais accès, qu’ils planquaient leur fesses et leur trouducule, qu’ils les protégeaient. Jamais ils se mettaient à quatre pattes ayant par conséquent le derrière qui pointe vers le haut. Jamais ils me demandaient de leur caresser les fesses ou le trouducule et même un était super en colère que je lui effleure la fesse avec la main. Et le seul garçon qui a complètement rendu son trouducule accessible en écartant les jambes face à moi est aussi le seul garçon que j’ai pénétré. Puis j’ai toujours vécu des difficultés à formuler des sortes de contrats avec les mecs, c’est à dire expliciter ce qu’on a envie de faire sexuellement et se mettre d’accord d’une manière ou d’une autre. Ce qui guide les pratiques sexuelles est plus de l’ordre de l’implicite (hétéronormé) et lorsqu’il y a une communication, la communication n’est pas vraie parce que certaines pratiques sont omises (pénétrer le gars par exemple).

Peut-être la différence est que les femmes entre elles sont censées ne pas avoir de vraie sexualité (voir chapitre précédent sur les pratiques normales, perverses ou non-sexuelles), et par conséquent il n’y aurait pas vraiment de pratiques sexuelles lesbonormées. Ça, je sais pas mais si c’est le cas, c’est une super occasion de se réapproprier les pratiques sur une base non-normée ou qui jouent avec les normes. J’ai besoin d’entendre d’autres parler de ça (et pas que de pénétration bien sûr), surtout parce que là j’ai parlé que de femmes, de femmes avec des femmes ou des hommes parce que c’est ce que je connais, mais je veux aussi entendre, par exemple, des transgenres avec des mecs, avec des filles, avec des transgenres, des gars qui se pénètrent tout seul, etc. Ça vous dit ?